C’est la rentrée pour la Ligue Grand Est de Judo. Après une pause estivale bien méritée pour tous les acteurs de notre sport, l’occasion nous est offerte de faire le point avec le président Jean-Louis DUVERGEY et le conseiller technique régional Sébastien GIRARDEY sur les orientations de la Ligue et les principaux enjeux de 2018/2019. Entretiens croisés…

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Notre C.T.S., Sébastien GIRARDEY et notre président de Ligue, Jean-Louis DUVERGEY se sont livrés, en toute franchise…

L’annonce gouvernementale de cette rentrée (suppression de 1600 postes de Conseillers Techniques Sportifs) est perçue comme une véritable douche froide. La nouvelle ministre des sports, Roxana MARACINEANU, se veut malgré tout rassurante, expliquant que son projet de réforme vise uniquement à transférer une partie de l’emploi de ces C.T.S. aux fédérations. Que vous inspire cet éventuel changement de statut ?

J.L.D. : « Ce qui est étonnant de la part du gouvernement, ce sont ces fameuses annonces que l’on balance comme ça directement. On regarde ce que ça peut donner puis on fait éventuellement marche arrière, sans aucune explication. Le danger, on le connaît. Demain, le Ministère va donner une somme d’argent en fonction d’un nombre de C.T., nombre défini par ce même Ministère, somme qui d’année en année ne va certainement pas être reconduite, risquant d’être diminuée voire carrément supprimée. Ce qui signifie que les fédérations devront s’adapter (licenciements possibles ?). Cette réforme-là, qui est tout de même d’importance, on aurait pu en discuter sur l’olympiade 2020/2024 pour une mise en place après les jeux. Faire ça maintenant est totalement déplacé ».

S.G. : « Il va falloir bien réfléchir pour la suite, on attend de voir ce qui va se décider. On a différents cas de figure. On a les conseillers techniques qui sont déjà avancés dans leur carrière professionnelle, voire même proches de la retraite. Pour eux, ce sera difficile de changer de statut. Pour les autres, il va falloir se questionner. Lorsqu’on passe un concours d’État, c’est pour la sécurité de l’emploi forcément, mais aussi parce que tu crois aux valeurs de l’État. Le rôle du C.T.S. est hyper important. A travers ses missions, il est aussi garant de la politique gouvernementale dans les fédérations, dans les ligues. Cette évolution de statut me semble plutôt inquiétante ».

L’un des axes majeurs de la Ligue justement, dans le cadre du développement de notre sport, passe par la professionnalisation et le renforcement des compétences. Le rôle des C.T. est essentiel. Pareille mesure gouvernementale est-elle préjudiciable pour notre discipline ?

S.G. : « En perdant ses Conseillers Techniques, coordonnateurs du développement, les Ligues seront pénalisées inévitablement. Si nous ne sommes plus financés par le Ministère, aurons-nous des contrats de droit privé ? Est-ce la fédération qui prendra en charge, tout ou en partie ? Les Ligues prendront-elles le relais ? Est-ce que les fédérations recevront une indemnité compensatoire du Ministère ? Si oui, à quelle hauteur et pour combien de temps ? Pour l’heure, c’est difficile de se positionner et de savoir quels seront les impacts. Ce qui est à craindre, c’est que la F.F.J.D.A., qui a 65 cadres d’État, risque de voir leur nombre se réduire peu à peu. Cela aura une incidence sur notre développement, et se traduira forcément par une baisse d’activité. Ces C.T., essentiellement de terrain, mettent en place la politique fédérale, et sont garants de l’harmonisation sur le territoire. S’ils ne sont plus là, qui va faire le boulot ? ».

J.L.D. : « Avec ce changement de statut, nos Conseillers Techniques pourraient être tentés de quitter le navire. C’est là le danger. Certains vont probablement rester et servir les fédérations. D’autre voudront peut-être réintégrer l’Éducation Nationale, reprendre un poste de professeur d’ E.P.S., travailler dans une autre structure ou dans une Direction Régionale. On risque en tout cas de perdre des compétences. Il nous faudra trouver des solutions pour les remplacer ».

En dehors de cette polémique, notre Ligue Grand Est de Judo fait preuve d’un remarquable dynamisme. En témoigne le projet régional « savoir partager ». A quoi ce projet va-t-il contribuer ?

J.L.D. : « A la base, c’était le projet « Bretzel ». Un très beau projet, qui va permettre de mutualiser les savoirs de nos enseignants. Les enseignants de chaque bassin auront la possibilité de se retrouver dans un support pédagogique parfaitement adapté. L’objectif, pour chacun d’eux, va être de fournir sa propre méthode, pour des éléments bien précis (ukémi, éducatif, technique, etc…), partager ses connaissances, ses savoirs, son expérience, sous forme de vidéos. Cela permettra d’alimenter une vidéothèque hyper intéressante et hyper constructive de façon à ce que les enseignants, stagiaires, suppléants, assistants de club, etc… -pour peu qu’ils soient intéressés par une recherche personnelle-, puissent disposer d’une base de données complète, régulièrement enrichie. L’idée est d’avoir à disposition un support richement alimenté pour permettre à chacun d’eux de pouvoir s’inspirer des idées des autres pour créer sa propre pédagogie. Et pour tirer notre enseignement vers le haut, il est important de pouvoir s’appuyer sur toutes les compétences disponibles ».

S.G. : « Nos enseignants disposent d’une expérience certaine, qui se chiffre souvent en années. Ils ont développé des compétences, et ont créé des exercices pédagogiques qui ont fait leur preuve. Ils savent que, pour perfectionner telle ou telle habileté technique, tel ou tel exercice répondra parfaitement au besoin. Chacun construit le judo à sa manière, selon sa morphologie, son vécu, sa culture, son environnement, en fonction de tout un tas de paramètres. Dans tous les cas, des constantes subsistent. Ce que je souhaite justement, c’est qu’au lieu de garder leurs façons de faire ou leurs exercices pour eux, ils les mettent à disposition des autres, enseignants et futurs enseignants. Dans un premier temps, il nous faudra définir ce que l’on appelle les « incontournables » de la pratique au niveau de la Ligue Grand Est. On va réunir nos experts de Ligue, puis les formateurs régionaux de chaque bassin, de manière à travailler sur des thèmes bien précis. Dans un second temps, ces formateurs mettront en place des ateliers participatifs dans 13 lieux différents du Grand Est, pour rencontrer les enseignants dans ces différents territoires pour échanger et partager les connaissances et savoir-faire. A partir de là, nous allons constituer, ensemble, notre base de données. Chaque enseignant doit transmettre ce qu’il a appris, nous sommes en quelque sorte des « passeurs de mémoire ». Il nous faut laisser une trace… ».

Sur notre Ligue, les chantiers sont nombreux dans bien des secteurs. Certains ont déjà portés leurs fruits, d’autres sont en cours de finalisation. Quelles sont les perspectives justement à court terme ? L’optimisme reste-il en vigueur ?

S.G. : « Dans de nombreux domaines, les résultats et projets sont encourageants. On vient de le voir avec le projet « savoir partager », qui est fédérateur et justifie pleinement notre fusion (Alsace/Champagne/Lorraine). Sur le plan sportif également, les résultats de la saison sont probants dans toutes les catégories d’âge. Nous disposons de plusieurs structures d’entraînement qui fonctionnent très bien, avec des Pôles Espoirs (Metz, Reims et Strasbourg), qui alimentent le Pôle France et livrent de très belles prestations. Je souhaite que ces structures puissent prendre encore de l’ampleur. On sait que dans le parcours fédéral de performance, les Pôles France vont être amenés non pas à être supprimés, mais à changer d’appellation. Ça va devenir des « Pôles 2024 », il y en aura un par région. La Ligue va justement s’organiser pour ça, pour accueillir un grand Pôle régional, qui accueillera tant des scolaires que des universitaires, et aura une plus grande ouverture sur nos clubs. Nous pourrons ainsi accueillir des judokas motivés par la compétition, et leur permettre d’accéder aux entraînements du Pôle. Nous disposons de jeunes performants, chez les minimes, cadet(te)s et même juniors. Notre souci est de pouvoir les garder chez nous, sur le Grand Est. Nous n’avons pas forcément de clubs qui ont les reins assez solides pour leur proposer un réel projet sportif, comme au P.S.G. par exemple, qui dispose de fonds non négligeables. Notre dynamisme est cependant réel, nous sommes capables et en mesure de former de très bons judokas. Ce qui est plaisant surtout, c’est de pouvoir travailler avec de vrais passionnés de judo, des personnes (bénévoles ou salariés) qui s’investissent sans compter pour l’amour de leur sport. Et ça c’est vraiment formidable ! Surtout, l’envie de faire avancer le judo est là. En ce sens, je reste très optimiste ! ».

J.L.D. : « En deux ans, énormément de choses ont été réalisées. Pas forcément visibles, mais qui ont permis à la Ligue de se structurer. On a souvent décrié nos résultats sportifs. Or maintenant, les résultats sont en nette progression dans toutes les catégories d’âge. A l’international, on a Mélanie CLEMENT et Axel CLERGET qui, la semaine prochaine, vont porter les couleurs de la France dans le cadre des Mondiaux à Bakou. Notre objectif est de pouvoir donner la possibilité à ces athlètes-là de pouvoir s’exprimer au plus haut niveau. Autre élément structurant, notre futur dojo régional (Pont-à-Mousson). Il devrait nous permettre de pouvoir appuyer sur l’accélérateur, tant sur la compétition que sur la formation et l’arbitrage. J’espère aussi pouvoir l’ouvrir sur notre programme INTERREG, dans le cadre de la coopération transfrontalière (Allemagne, Belgique, France, Luxembourg & Suisse). On est entouré de structures limitrophes, qui disposent également de compétences et de savoir-faire qui leurs sont propres. En cela il nous faut échanger, partager, ce sera bénéfique pour tous. L’optimisme reste en vigueur, pour ma part, mais aussi pour toute l’équipe de Ligue, que ce soient les élus, les salariés, mais aussi les dirigeants de nos départements. Nos conférences de présidents sont souvent animées, tout comme nos C.A. Mais depuis deux ans, on va tous dans le même sens, celui du développement du judo. Sur le plan financier, il nous faudra continuer de mutualiser au maximum, afin que chaque euro d’économisé puisse aller à l’activité… ».

Entretiens réalisés par le 16 septembre 2018 lors du S.N.R. de Mulhouse.

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