Aller au contact…

C’est l’incontournable Alsacien de ce début d’automne, et ce depuis 2007, organisé sous l’égide du CACI (Centre Alsacien de Coopération Internationale). Comme chaque année, pas moins de 300 judokas de 16 délégations se sont retrouvés au dojo du C.R.E.P.S. de Strasbourg pour d’intenses et rudes séances de judo en vue des Mondiaux juniors dans une quinzaine de jours à Marrakech (du 16 au 20 octobre). Ambiance…

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Au menu : de la qualité, de l’intensité et… de la sueur !

Brouillard et fine bruine dehors, alors que les premières feuilles jaunies commencent à peine à tomber. Brouillard épais également à l’intérieur du dojo, pour les porteurs de lunettes. Une moiteur que les optiques « photo » ne semble guère apprécier non plus, et qu’il faut impérativement essuyer avant d’espérer déclencher, sous pleine d’obtenir des clichés avec un beau voile opaque. Ici, tout respire la sueur, l’effort soutenu, l’âpreté des confrontations. Le rentre dedans, cher au judo de haut niveau, dans toute sa splendeur. Et dire l’on vient de l’autre bout de la planète, d’Australie et de Nouvelle Zélande, pour aller au contact, souffrir et transpirer à grosses gouttes. L’attrait de ce stage Strasbourgeois ? Se confronter aux Allemands, Belges, Canadiens, Croates, Ecossais, Hollandais, Luxembourgeois et Suisses, aux athlètes des structures locales (Pôles Espoir, Pôle France et section universitaire), mais aussi aux équipes de France « juniors » filles et garçons, en pleine préparation des Mondiaux. Du beau gratin en somme pour des oppositions fortes, générant grimaces et rictus renfrognés. Le prix des entrainements à l’ancienne et à la dure, concoctés par les entraineurs soucieux de sortir les athlètes de leur zone de confort.

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Francis CLERGET, venu en observateur, n’hésite pas a apporter de précieux conseils à ses protégés…

« Chez les Hollandais, ça percute sérieusement ! » observe Francis CLERGET (7ème dan), l’entraineur de Marnaval, venu avec quelques élèves de son club. « On le voit bien, certaines nations ont un engagement très fort. Cela fait du bien à nos athlètes Français, ça les oblige à bouger et à réagir. C’est bon aussi pour les jeunes que j’ai emmenés et qui ne sont pas dans des structures. Ils découvrent ce qu’est le judo international, avec un engagement différent. Il faut savoir regarder ce qui se passe au-dessus, et non l’inverse ! Ce stage permet aussi d’observer les différentes nations, voir comment elles fonctionnent et travaillent. Le judo est un sport qui évolue en permanence, il faut savoir s’adapter… ».

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Benjamin GOMES veut confirmer à Marrakech. Ce stage lui permet d’effectuer les derniers réglages…

S’accommoder des variantes de style, c’est ce que recherchent les juniors sélectionnés pour les championnats du Monde. Être confrontés à des situations inhabituelles, des cas de figure tactiques ou stratégiques autres, des mouvements et des contextes singuliers, nécessitant attention puis réflexion, afin d’ajuster et apporter la meilleure réponse possible.

« La présence des étrangers est un plus », remarque Benjamin GOMES, récent médaillé de bronze aux Europe Juniors en – de 66 kg. « On a aussi des jeunes du Pôle Espoirs qui sont moins forts, c’est intéressant pour varier les oppositions avec des niveaux différents. Avec les étrangers, ce sont les styles qui différent, et il faut être concentrés. Surtout, ce type de rencontres permet de chercher les bonnes sensations et de se mettre en confiance avant l’échéance mondiale, ça aide pour être prêt physiquement mais aussi mentalement. Pour ma part, lorsque je vais en compète, c’est pour la remporter, et non pour faire de la figuration. A Marrakech, mon objectif est de gagner. Ce stage tombe à point ! ».

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Gagner en confiance, une priorité pour Tieman DIABY…

« Ce qui compte, c’est la qualité des randoris », souligne Tieman DIABY, sélectionné en – de 100 kg. « Ici, je n’ai pas trop d’adversaires de mon gabarit, mais j’ai suffisamment d’oppositions chez les 90 et + de 100 kg. Ce qui est important, c’est l’engagement que tu mets dans tes combats, la manière de les aborder. En face, ils vont me rentrer dedans, me mettre une forte pression. Cela m’oblige à travailler, chercher des solutions, être réactif. Aux Mondiaux, j’ai envie de me racheter après des championnats d’Europe décevants en ce qui me concerne. Ce stage ici constitue un bon tremplin pour reprendre confiance en moi. Au fil des séances et des jours, je la regagne peu à peu et je commence à me retrouver au top, c’est plutôt encourageant ! ».

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Championne d’Europe en titre, Léa FONTAINE vise l’or à Marrakech…

Côté féminines aussi, on ne fonctionne pas vraiment à l’économie. Aucune ne lésine sur l’intensité ou sur la force d’engagement, toutes conscientes des enjeux sur le court terme. C’est le cas de la championne d’Europe en titre des + de 78 kg, Léa FONTAINE, pensionnaire du Pôle France de Strasbourg. « Aux Europe, j’ai grandement gagné en confiance », confie-t-elle entre deux rencontres. « Les oppositions ici me permettent de la maintenir, je pourrais partir aux Monde « sereine ». Ici, ayant peu de partenaires dans ma catégorie de poids, je fais plus de travail technique au sol et debout, à la recherche des meilleures positions, du meilleur placement, etc… Ma victoire en Finlande le mois dernier m’a fait du bien. Maintenant, il va falloir confirmer, et montrer que ce titre continental n’était pas dû au hasard. J’ai désormais les cartes en main, à moi de les utiliser au mieux pour réussir… ».

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Amina ABDELLATIF dans son jardin. La rigueur des entrainements n’empêche pas les échanges chaleureux entre collègues…

Dans un coin du tapis, tout à son aise, « chez elle » presque, Amina ABDELLATIF, entraîneure nationale des juniors filles. L’ancienne Mulhousienne échange beaucoup avec ses anciens collègues du Pôle de Strasbourg, Eric DESCHAMPS, Yacine DOUMA, Sébastien GIRARDEY, mais aussi avec les entraineurs des autres Pôles nationaux. Des retrouvailles chaleureuses et constructives, au service des athlètes. Très concentrée aussi, affairée auprès des filles de l’équipe nationale, soucieuse du bon déroulement des opérations. Conseils, mots réconfortants, paroles dynamisantes, elle ne ménage ni son temps ni son énergie auprès des athlètes. « Je vais être claire, ce que l’on veut aux Mondiaux, ce sont des médailles ! », lâche-t-elle avec clairvoyance et franchise. « L’objectif il est là, et rien d’autre. A ce niveau « junior », une médaille, c’est l’avenir que l’on prépare, on compte sur ces filles-là dans le futur. Sur le court terme, c’est les championnats du Monde, elles vont devoir marquer des points lors de cette échéance. Mais il faut voir plus loin. Ces filles-là vont passer « séniors », les résultats devront suivre dans cette catégorie supérieure. Ce que l’on vise, c’est Paris 2024, et c’est maintenant que l’on construit ! Si je prends Léa, c’est une fille qui a déjà de la bouteille, championne d’Europe cadette l’an passé, championne d’Europe junior tout récemment, alors qu’elle n’est que junior première année ! Elle commence à construire son judo, à engranger de la confiance. Ces mondiaux sont importants bien sûr, mais ils ne constituent qu’une étape intermédiaire. 2024, on y sera très vite… ». Et de compléter, avec un large sourire, « ici, je prends vraiment du plaisir ! C’est un stage qui fonctionne, et ce de longue date. Il y a du monde, de la qualité, de l’intensité, tant chez les filles que chez les garçons. C’est toujours un régal de s’y rendre, l’accueil est chaleureux, l’organisation au top… c’est que du bonheur pour tous ! ».

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Deux de nos hauts-gradés (7èmes dan) au bord du tapis, Bernard MESSNER et Francis CLERGET. Quand les « grands esprits » se rencontrent…

Les photos de groupe (pour rappel, les images du stage – journée du samedi – sont publiées sur la page FB de la Ligue Grand Est de Judo) :

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