
rencontre avec Toméo GASSER
Plongez dans l’univers de Toméo Gasser, un jeune judoka remarquable par son parcours, sa détermination et sa passion pour le judo. Notre très récent champion de France Para Judo sait allier performance sportive et force de caractère face à un défi personnel majeur : la rétinopathie pigmentaire, une condition qui limite son champ de vision.
Initié au judo dès l’âge de 6 ans au Judo Club Fessenheim, il a su transformer ses difficultés en véritable moteur, passant de compétitions plus difficiles à des victoires prestigieuses, notamment son titre de Champion de France en Para Judo en avril dernier. Au-delà de ses exploits sportifs, Toméo incarne des valeurs essentielles telles que le courage, la persévérance, le respect et la solidarité. Dans cet entretien, il nous partage son parcours, ses défis, ses ambitions et ses messages d’espoir pour toutes celles et ceux qui souhaitent suivre ses pas, quels que soient leur situation ou leurs obstacles.
« Pour débuter, pourriez-vous vous présenter brièvement et nous retracer votre parcours de judoka ? »
Je m’appelle Toméo GASSER, j’aurais 17 ans dans quelques jours, le 20 mai 2026, et je suis cadet 3 en -81kg. Je suis en 1ère en section sportive Judo au lycée Albert Schweitzer de Mulhouse. J’ai commencé le judo à 6 ans au Judo Club Fessenheim.
Je suis atteint d’une rétinopathie pigmentaire depuis ma naissance, qui réduit considérablement mon champ de vision (20°) et se caractérise aussi par une cécité nocturne.
Jusqu’à l’âge de 12 ans, je ne performais pas vraiment en judo. A partir de Minime, j’ai commencé à prendre goût aux compétitions et j’ai commencé à faite des résultats en Cadet 1 avec ma qualification aux championnats de France Espoirs. En cadet 2, je termine 1er aux championnats du bassin Alsacien 2D et me qualifie au championnat de France.

« Parlez-nous désormais de votre incroyable saison 2025-2026 ! »
La saison 2025-2026 a été une année très importante pour moi, marquant un vrai tournant dans mon parcours judo : j’ai été champion du championnat Bi Dep 67/68 1D Cadets, j’ai terminé 3ème au championnat Grand Est Cadets ce qui m’a permis de me qualifier pour le championnat de France 1D, je suis aussi arrivé 5ème au Grand Est Junior, et j’ai remporté les Open du 67 et 68. De plus, j’ai obtenu une 3ème place au championnat Bi Dep 67/68 Sénior 3D.
Le 23 mars 2026, je décroche également ma ceinture noire 1ère Dan.
En 2026 encore, j’intègre le circuit Para Judo. Le Championnat de France Para Judo qui s’est déroulé le 11 avril dernier à Villebon-sur Yvette était la première compétition à laquelle je participais en tant que para judoka.

« Comment avez-vous commencé la pratique du judo et quels ont été les défis rencontrés en chemin ? »
Mes parents m’ont inscrit suite à une sollicitation de Jacky GERARD, figure emblématique du Judo Club Fessenheim.
Tout au cours de mon enfance et de mon adolescence, j’ai été confronté à l’acceptation de mon handicap. Même si je ne laissais rien paraître, j’ai souvent dû prendre sur moi face aux difficultés que je rencontrais.
Côté judo, j’ai connu de nombreuses défaites en compétition mais savoir se relever en fait une force pour un judoka. J’ai persévéré, travaillé et me suis battu pour devenir le jeune homme que je suis aujourd’hui en transformant mon handicap en force.
« Quelles sont les valeurs que le judo vous a permis de développer, tant sur le plan personnel que sportif ? »
Les valeurs qui me sont chères sont l’estime de soi, le respect de l’autre, la solidarité, le courage et la détermination, sans oublier l’amitié et la transmission des valeurs du judo à la nouvelle génération.
« Pouvez-vous nous raconter votre expérience lors du Championnat de France Para Judo où vous avez été sacré Champion de France le 11 avril dernier ? Quelles ont été vos sensations ? »
Je suis parti à cette compétition sans trop d’appréhensions même si, n’étant que cadet, j’allais me confronter à des Séniors expérimentés. Ensuite, malgré une pesée au poids en -81kg, j’ai dû combattre dans la catégorie de poids supérieur à savoir -95kg, faute d’un nombre de combattants suffisant en -81kg. Ce changement a été pour moi une source de stress que j’ai rapidement dû laisser de côté pour me concentrer sur mes combats à venir.
Je gagne mes 4 combats sur Ippon et décroche l’Or… quelle sensation incroyable !
« Par ailleurs, que signifie pour vous cette médaille de bronze décrochée aux Championnats de bassin alsacien senior 3D ? »
Je suis fier de cette médaille, car je ne suis que cadet surtout le plus jeune judoka dans une catégorie de 26 combattants qui ont tous plus d’expérience que moi. Cette 3ème place me qualifie au championnat Grand Est Sénior 3D.
Mais j’ai choisi de ne pas y participer car j’ai eu l’opportunité de partir en stage avec l’équipe de France Para Judo qui débutait le lendemain des championnats Grand Est Sénior 3D.

« Comment vous préparez-vous mentalement et physiquement pour vos compétitions ? »
Cette saison a été particulièrement éprouvante physiquement car j’ai dû me restreindre de nombreuse fois afin d’être « au poids » les jours de compétition. Sur le plan mental, j’étais déterminé à atteindre mes objectifs qui étaient de performer au niveau départemental, régional et national. : objectif atteint !
« Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ? »
J’ai obtenu dernièrement ma classification en J2 ce qui me permet à présent d’accéder aux compétitions internationales en Para Judo.
Mon ambition, à présent, est de performer dans des tournois internationaux en tant que para athlète tout en poursuivant mon parcours national en tant que judoka valide.

« Avez-vous un message à transmettre aux jeunes ou aux personnes en situation de handicap qui souhaiteraient se lancer dans la pratique sportive ? »
Il faut toujours persévérer et ne rien lâcher, le travail paie toujours ! Le handicap ne doit pas être un frein mais plutôt une force. Tout le monde est capable d’y arriver quelle que soit sa situation, j’en suis persuadé.
« Selon vous, quels sont les principaux bénéfices du sport pour les personnes en situation de handicap ? »
Le sport peut être une échappatoire et une aide pour mieux s’accepter. Je dirais que pour moi le judo est même une raison de vivre et une motivation au quotidien.
« Comment votre entourage vous soutient-il dans votre parcours sportif ? »
Tout d’abord, je suis extrêmement soutenu par mes parents qui m’accompagnent dans chacun de mes déplacements, me motivent avant les compétitions et m’aident à me relever quand j’en ai besoin. Ils me disent régulièrement « le travail paie toujours Toméo » ce qui m’aide à ne rien lâcher. En parallèle, ils me rappellent que les études passent avant tout, même avant le judo.
De manière plus générale, je suis soutenu au quotidien par ma famille, mes amis et mes nombreux contacts sur les réseaux sociaux. Merci à eux pour leur soutien.
En parallèle, un soutien sans faille vient aussi de mon club, le Judo Club Fessenheim qui accompagne au quotidien les jeunes et moins jeunes dans leur parcours de judoka. A Fessenheim, J’ai toujours eu accès à des entrainements de qualité, accompagné par des entraineurs bienveillants et des partenaires au top, ils se reconnaitront ! Merci le Judo Club Fessenheim !
« Y a-t-il une figure ou un modèle dans le monde du judo ou du sport qui vous inspire particulièrement ? »
Je pourrais citer de nombreux judokas mais un me vient en tête particulièrement : le para-athlète Hélios LATCHOUMANAYA. Il est Vice-Champion paralympique 2024, 3ème aux Jeux Paralympique 2020, 2 fois Champion du Monde et multiple Champion d’Europe en -95kg.
Je rêve bien sûr d’un parcours similaire au sien. Le rencontrer et combattre contre lui serait une première étape pour moi et un honneur.
« Enfin, comment voyez-vous votre parcours sportif dans les années à venir ? »
J’aimerais continuer à me former et à développer mon judo.
Je vais prendre les choses comme elles viennent en gardant toute ma motivation et ma détermination. La saison prochaine, je serai Junior 1 en -90kg. Cette nouvelle catégorie d’âge et de poids est un nouveau défi pour moi !
En parallèle, j’espère pouvoir participer à mes premiers tournois européens en tant que para-athlète.

« Pour conclure notre entretien, pourriez-vous nous donner votre « mot de la fin » ?»
Le judo est et restera ma raison de vivre. Je continuerai à représenter mon Club et ma Nation du mieux que je peux en me donnant toujours les moyens d’y arriver.
