
rencontre avec Julia CHARPENTIER
Plongez dans l’univers inspirant de Julia Charpentier, dont le voyage extraordinaire débute à l’âge de 4 ans, lorsqu’elle découvre le judo dans le club de son père. Ce qui aurait pu rester une simple passion d’enfance s’est rapidement métamorphosé en une véritable vocation, marquant le début d’un parcours exceptionnel.
Aujourd’hui, Julia incarne l’excellence en tant que commissaire sportive nationale, reconnue pour son engagement et son expertise, et elle a eu l’honneur d’être sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Paris, une consécration ultime. Entre ses responsabilités à l’échelle nationale, ses interventions dans le Grand Est et sa mission de transmettre son savoir aux jeunes officiels, Julia incarne la passion, la détermination et la modernité d’une nouvelle génération de figures du judo. Découvrez son parcours captivant, ses motivations profondes et ses ambitions pour l’avenir.
« Pour débuter, pourriez-vous vous présenter brièvement et nous retracer votre parcours dans le monde du judo ? »
Je m’appelle Julia Charpentier, j’ai 30 ans. Je pratique le judo depuis l’âge de 4 ans, ayant grandi au sein du Judo Club du Sud-Ouest Marnais à Sézanne (51), où mon père enseignait également le judo.
J’ai débuté la pratique du judo dès mon plus jeune âge, bénéficiant de l’opportunité unique d’évoluer au sein d’une section sportive spécialisée, aussi bien au collège qu’au lycée. Cette expérience m’a permis de progresser à la fois sur le plan académique et sportif, en évoluant aux côtés de camarades motivés et en étant encadrée par des entraîneurs compétents et adaptés.
Je suis restée fidèle au Judo Club du Sud-Ouest Marnais, fondé par mon père, tout comme mes deux frères, qui ont également partagé cette passion.

En 2012, j’ai obtenu la ceinture noire, une étape que je considère comme une grande fierté, tout comme mon père avant moi. Bien que je ne me sois jamais considérée comme une compétitrice de haut niveau, j’ai su me défendre durant mes années en minimes et persévérer jusqu’à l’obtention de mon 1er dan.
Sur le plan de l’arbitrage, j’ai exercé les deux rôles : arbitre départemental et commissaire sportif jusqu’au niveau national, objectif que j’ai atteint en 2017.

« Vous êtes actuellement commissaire sportif national. Pouvez-vous nous raconter quand et comment vous avez commencé votre activité de commissaire sportif ? »
J’ai commencé cette activité vers l’âge de 10 ans. Au début, mon implication était principalement occasionnelle et non officielle, car je n’étais pas encore convoquée en tant qu’élément officiel. Je donnais simplement un coup de main après mes compétitions.
Mon père, qui était à la fois entraîneur et arbitre national, était souvent appelé à intervenir lors des compétitions où je participais. Pendant que j’attendais la fin de ces événements, il m’arrivait d’aider au niveau des tables. J’ai rapidement pris plaisir à cette assistance informelle, ce qui m’a encouragée à poursuivre de manière plus structurée. Je me suis alors engagée dans des stages et ai participé à diverses compétitions, d’abord au niveau départemental, puis régional, afin de développer mes compétences de façon plus officielle.
« Comment devient-on commissaire sportif et quelles sont les étapes clés à suivre pour accéder à cette fonction ? »
La démarche pour devenir commissaire sportif n’est pas nécessairement la plus conventionnelle, mais elle suit généralement un processus précis. Il faut d’abord se rapprocher de son entraîneur de club, qui contacte les responsables départementaux de l’arbitrage en fournissant le nom du candidat. Par la suite, celui-ci est invité à participer à des stages d’arbitrage, lui permettant de découvrir la théorie avant de mettre en pratique lors de compétitions auxquelles il est convié. Il n’est pas laissé seul : il est encadré par des arbitres plus expérimentés chargés de le former et de l’accompagner dans son apprentissage. Par ailleurs, il peut également s’entraîner au sein de son club sous la supervision de son entraîneur.
Au fil de la pratique, il peut passer des examens pour progresser vers des niveaux supérieurs, jusqu’à atteindre le niveau national, qui constitue le maximum pour les commissaires sportifs (les arbitres peuvent, quant à eux, atteindre le niveau continental).
« Quel est votre niveau d’expérience en tant que commissaire sportif ? Combien de jours dans la mois consacrez-vous à cette mission ? »
J’interviens à tous les niveaux, du benjamin au vétéran, aussi bien en individuel qu’en équipe. Parmi mes expériences en compétitions internationales, j’ai officié lors de l’European Cup Cadets à Strasbourg en 2022, ainsi que lors du Championnat d’Europe senior à Montpellier en 2023. J’ai également été présente lors des deux éditions du Grand Slam de Paris, en 2018 et en 2023.
En ce qui concerne le nombre de jours consacrés à ma mission de commissaire sportif, celui-ci varie en fonction des convocations. En général, je réserve environ deux week-ends par mois pour le judo, ce qui représente environ une vingtaine de jours sur l’année.
« Selon vous, quelles compétences essentielles un bon commissaire sportif doit-il posséder ? »
Avant toute chose, il est essentiel d’être pratiquant de judo pour pouvoir analyser un combat avec précision, anticiper d’éventuelles pénalités et déterminer quel combattant marque le point en fonction de la technique utilisée. Ensuite, il est indispensable de savoir travailler en équipe, ce qui implique une communication efficace. Nous ne sommes jamais seuls à une table, car si l’un d’entre nous interprète mal le combat, son collègue peut l’aider à identifier et corriger d’éventuelles erreurs. Enfin, il est crucial de savoir se remettre en question : le règlement du judo évolue très régulièrement, et personne ne détient la science infuse. Même à un très haut niveau, il est nécessaire de consulter ses pairs afin de rester informé et de continuer à progresser.

« Vous avez été sélectionnée pour officier aux JO 2024 de Paris en tant que commissaire sportif. Comment s’est déroulée cette sélection ? Que retenez-vous de votre participation à cet évènement planétaire ? »
Après une première sélection parmi les 200 commissaires sportifs ayant le niveau national, une vingtaine d’entre eux ont été retenus pour poursuivre le processus. Pendant quatre années, ces candidats ont été évalués lors de chaque compétition nationale par un groupe d’experts désignés par les responsables nationaux, Akila Zouaoui et Jérôme Bretaudeau. À l’issue de cette période d’évaluation approfondie, une sélection définitive a été effectuée : dix commissaires ont été choisis pour officier lors des Jeux Olympiques, tandis que huit autres ont été retenus pour les Jeux Paralympiques.
À noter que, parmi eux, la commissaire sportive Jacqueline Fargeix, originaire du Grand Est, participera également à cette compétition.

« Qu’est-ce que cela vous a apporté personnellement d’être commissaire sportif aux Jeux Olympiques de Paris ? »
Évidemment, lorsque l’on sait que les Jeux se dérouleront en France, chacun aspire à y prendre part à sa manière, que ce soit en tant qu’athlète, arbitre ou bénévolontaire. Cependant, cela ne constitue pas l’aboutissement ultime de nos ambitions, car notre objectif final reste l’organisation d’un championnat du monde en France.
Tout comme pour l’obtention de mon premier dan, ce fut une grande fierté que d’y participer, de représenter ma ville, ma région et tous ceux qui ont cru en moi tout au long de cette aventure.
« Le rôle d’un commissaire aux JO est-il différent de celui que vous jouez en compétition régionale ? Si oui, en quoi ? »
En réalité, cette compétition est très similaire à un événement de niveau national, car elle implique de suivre de nombreux protocoles stricts. Cependant, nos missions restent les mêmes : contrôle du poids lors des pesées, gestion du temps et des points, même si nous sommes encadrés des responsables de la Fédération internationale de Judo.
La principale différence réside dans la nécessité d’interagir avec un grand nombre de participants venus du monde entier, ce qui exige de communiquer en anglais.
« Pouvez-vous nous décrire une journée-type de commissaire sportif aux JO ? »
Une journée type de commissaire sportif aux Jeux Olympiques débute tôt, avec une mobilisation dès 8h30 pour ceux assignés à la pesée aléatoire du matin, en tenant compte du déplacement jusqu’à l’Arena Champ de Mars. À 10h, les phases éliminatoires commencent : deux tapis sont mis en place, chacun doté de quatre postes. Sur le tapis destiné à Omega, la retransmission en direct pour le public affiche les points et le temps, tandis que pour France Judo, via Judo TV notamment, ces mêmes données sont diffusées. Les rôles sont échangés toutes les 30 minutes, jusqu’à 14h, marquant la fin des éliminatoires. À 13h30, les responsables de la pesée se dirigent vers le village olympique. Pendant la pause déjeuner, certains se reposent, d’autres suivent avec attention les performances des judokas français dans d’autres disciplines. À 15h30, tout le personnel se remet en place pour préparer le bloc final, qui débute à 16h et se poursuit jusqu’à 18h30. La journée s’achève officiellement après le dernier combat de ce dernier bloc, mais en général, nous restons pour assister à la cérémonie de remise des médailles avant de regagner notre hébergement, afin de nous restaurer et de nous reposer.
« Pour terminer cette entrevue, quel aura été le moment le plus marquant de votre parcours en tant que judoka ? »
Il m’est impossible de choisir un seul moment marquant. D’abord, l’obtention de mon premier dan, un véritable tournant dans ma vie. En tant qu’aînée de ma famille, recevoir cette ceinture, remise par mon père en personne, a été une source d’une fierté immense. Ce jour-là, une multitude d’émotions m’ont envahie, gravant ce souvenir au plus profond de moi.
Ensuite, il y a ce combat lors de ma deuxième participation au Grand Slam de Paris en 2023. Je l’avais malheureusement manqué lors de ma première apparition en 2018. Lors de cette édition, l’atmosphère à Bercy était électrique, la fièvre montait à l’approche du prochain affrontement. Et c’est là que je l’ai vu, prêt à tout donner pour gagner : Teddy Riner. Je me remémore avoir fait la promesse à mon père lorsque j’étais plus jeune : « Un jour, j’irai faire le Grand Slam à Paris et j’arbitrerai un combat de Teddy Riner ! » Et aujourd’hui, cette promesse est devenue réalité !

