
rencontre avec Vincent HECHT
À 53 ans, Vincent Hecht incarne la résilience et la détermination, prouvant que le courage peut transformer les obstacles en opportunités. Licencié au Punch Nancy, il a su faire face à un défi majeur en une source de motivation et d’épanouissement.
Judoka passionné, Vincent incarne la force intérieure et la persévérance, montrant que la véritable victoire réside dans la capacité à se relever et à continuer d’avancer, quelles que soient les épreuves. En somme, un parcours qui aurait pu s’avérer une fin, mais qui, au contraire, est devenu le début d’une nouvelle aventure. Et quelle aventure ! A vous de la découvrir…
« Pour débuter, pourriez-vous vous présenter brièvement et nous retracer votre parcours dans le monde du judo ? »
Je m’appelle Vincent HECHT, j’ai 53 ans et je réside à Richardménil (54). Marié et père de trois enfants, j’attache une grande importance à ma famille. Passionné de judo, je pratique régulièrement au club Punch à Nancy. Je tiens à remercier chaleureusement le club pour leur soutien précieux ainsi que pour la mise à disposition du dojo, qui me permet de progresser et de m’épanouir dans cette discipline.
Avant que mes problèmes de santé ne me rendent paraplégique, je pratiquais déjà le judo. J’ai commencé très jeune, au club de Neuves-Maisons, où j’ai pratiqué durant mon enfance. Plus tard, à l’âge adulte, j’ai repris cette discipline à la section judo de l’Union Familiale de Richardménil, où mes enfants aussi pratiquaient. J’ai obtenu ma ceinture noire et mon deuxième Dan avant de faire face à mes soucis de santé.

Je n’aurais jamais imaginé pouvoir continuer le judo en étant en fauteuil roulant. J’ai alors essayé d’autres sports adaptés, comme le basket-fauteuil ou la boccia, mais ce ne sont pas mes disciplines de prédilection. C’est grâce à Loïc Chaplet qu’une nouvelle perspective s’est ouverte à moi. Il m’a parlé de la possibilité de pratiquer le judo technique en fauteuil, ayant assisté à une compétition de la coupe de France para-technique où un judoka performait dans cette discipline.
Il m’a lancé le défi de m’y remettre, ce que j’ai décidé de faire en mars 2024. Cet engagement marque pour moi une nouvelle étape dans ma pratique sportive, alliant détermination et passion.

« Quelles sont les principales différences entre le para judo et le judo traditionnel, tant en termes de règles que de techniques ? »
Ce qui représente le plus de difficulté, ce sont les déplacements, qui sont fortement restreints en raison du fauteuil roulant. De plus, la qualité des tapis pose également problème, car ils sont souvent trop mous, ce qui complique la pratique.
Par ailleurs, il est nécessaire d’improviser pour toutes les techniques, car pratiquer le judo en position assise rend la maîtrise des mouvements traditionnels particulièrement difficile.
« Participez-vous à des compétitions ? Si oui, pourriez-vous nous expliquer comment se déroulent ces événements et quel est votre ressenti à leur sujet ? »
J’ai participé à la coupe de France para-judo technique en 2024 à l’INJ en ayant débuté ma préparation en mars 2024. Lors de cette coupe, Céline et moi-même avons été sacré champion de France « non marchand ». Nous avons réitéré cette performance en juin dernier à l’INJ également.
Toutefois, il n’est pas possible de participer à d’autres compétitions entre-temps ou à des niveaux Europe ou Monde en para-judo technique, le niveau France étant à ce jour le seul niveau accessible, ou du moins aucune communication à ce sujet n’a été diffusée.
Pour cette année 2026, nous nous lançons dans un nouveau défi qui est la coupe de France para ju jitsu duo système qui aura lieu à Lormont le 15 mars 2026. Et bien entendu, nous serons de nouveau présents à la coupe de France para-judo le 11 avril 2026 à Villebon-sur-Yvette.
« Quelles ont été les plus grandes difficultés que vous avez rencontrées en tant que judoka en para judo, et quelles stratégies avez-vous adoptées pour les surmonter ? »
La première difficulté a été de trouver un(e) partenaire motivé(e) et enthousiaste, partageant la même passion pour le projet. Heureusement, Céline Donnot a répondu présente et m’aide activement à concrétiser cette belle initiative.
« Comment la pratique du para judo vous a-t-elle permis de développer des compétences ou des qualités qui vous ont été bénéfiques dans d’autres domaines de votre vie ? »
Cela m’a déjà permis de renouer avec le sport que j’affectionne tant. Avoir un objectif constitue simplement une motivation pour sortir, pour donner un sens à mes efforts et éviter de me laisser enfermer par mon handicap.
Sur le plan physique, cela m’a aidé à retrouver une meilleure mobilité et une plus grande souplesse.

« Pouvez-vous nous raconter un moment précis en para judo où vous avez ressenti une grande satisfaction ou un sentiment d’accomplissement ? »
Participer à la Coupe de France a été une grande source de satisfaction, mais la remporter a été encore plus gratifiant. L’impact de notre performance le jour J a été retentissant et j’ai reçu de nombreux retours positifs à son sujet. Réaliser cette performance sous les yeux de mes enfants, eux aussi judokas, m’a profondément ému. Leur fierté à mon égard a été une récompense inestimable, renforçant encore davantage ma passion et mon engagement dans cette discipline.

« Quel message aimeriez-vous faire passer aux personnes en situation de handicap qui hésitent encore à se lancer dans le para judo ? »
Je leur conseillerais de ne pas laisser le handicap les arrêter, de continuer à pratiquer une activité sportive et de s’orienter vers des disciplines qui leur plaisent réellement. Il est essentiel qu’ils ne prêtent pas attention aux personnes qui leur disent que c’est impossible.
Avec des aménagements adaptés et beaucoup d’imagination, il est tout à fait possible de pratiquer tous les sports et de réaliser de nombreux projets.
« Pouvez-vous nous faire part des améliorations que vous souhaiteriez voir dans la structure et la reconnaissance du para-judo, tant au niveau local qu’international ? »
Le para judo technique reste encore peu connu et peu pratiqué, en grande partie en raison de ce manque de visibilité. Toutefois, démontrer qu’il est possible de pratiquer le judo en fauteuil constitue déjà une avancée significative. Cela peut inspirer d’autres pratiquants et encourager la création de nouvelles initiatives.
Organiser des événements dédiés au para judo en dehors des compétitions officielles, comme des démonstrations ou des ateliers, serait une étape importante pour promouvoir cette discipline en France.
« Pour conclure notre entretien, pourriez-vous nous donner votre « mot de la fin » ? »
Merci à toutes celles et ceux qui m’ont soutenu dans cette aventure. J’espère que mon témoignage pourra contribuer à faire connaître le para judo et à encourager la création de nouvelles initiatives pour rendre le sport accessible à tous.
Merci Vincent !


