rencontre avec Adrien Guilloux

Découvrons aujourd’hui Adrien Guilloux, judoka passionné de 37 ans, dont la vie est profondément ancrée dans le judo.

Originaire de Juniville, Adrien a suivi un parcours sportif de haut niveau. Issu d’une famille de judokas, il incarne les valeurs de ce sport, sa passion nourrie par son père, fondateur du Judo Club de Juniville. Aujourd’hui co-gérant d’une entreprise et membre engagé de la franchise JM Juniville/Marnaval, il allie sa passion pour le judo à ses responsabilités professionnelles. Pour lui, le judo est plus qu’un sport : c’est un mode de vie et un vecteur de liens forts. Sans plus attendre, découvrons ses souvenirs et réflexions sur l’avenir du judo.

« Pour débuter, pourriez-vous vous présenter brièvement et nous retracer votre parcours de judoka ? »

Je m’appelle Adrien Guilloux, j’ai 37 ans et j’habite à Juniville, dans les Ardennes.

J’ai suivi un cursus de judoka de haut niveau, avec notamment une année au pôle France de Strasbourg, puis sept années au pôle France de l’Institut du Judo, en m’entraînant à l’Institut du Judo et à l’INSEP.

« Nous savons que vous êtes issu d’une grande famille de judokas. Pourriez-vous nous en dire davantage ? »

Mon père a fondé le Judo Club de Juniville en 1984 dans un petit village d’environ 1 000 habitants situé dans le sud des Ardennes. Aujourd’hui, plus de 40 ans après, le club compte environ 200 licenciés, ce qui est une belle réussite pour une commune de cette taille.

Le judo a toujours occupé une place très importante dans notre famille. Nous sommes six à être ceinture noire et nous avons tous grandi dans cet environnement. Personnellement, j’ai commencé à l’âge de six ans. Avec mon frère Clément, nous avons suivi un cursus de haut niveau, tandis que les autres membres de la famille ont davantage pratiqué le judo en loisir.

Le judo occupe également une place particulière dans ma vie personnelle, puisque c’est sur les tatamis que j’ai rencontré ma femme, Inès Guilloux Prévot. Elle a elle aussi suivi un parcours de haut niveau, notamment à l’INSEP. Vice-championne du monde cadettes et triple médaillée aux championnats de France de première division, elle est licenciée au Judo Club de Juniville depuis l’âge de 14 ans. Aujourd’hui, notre fille Jeanne, âgée de 6 ans, pratique elle aussi le judo. C’est une belle continuité familiale, et une grande fierté de voir cette passion se transmettre de génération en génération.

À l’époque, mon père mettait tout en œuvre pour nous permettre d’évoluer dans les meilleures conditions possibles. Avec l’aide de ses amis Éric et Sylvain Wanweemerche, il faisait régulièrement venir des experts japonais jusqu’à Juniville pour nous entraîner. Ils étaient accueillis directement à la maison, où il y avait toujours du monde : des champions, des entraîneurs, des experts internationaux ou encore de jeunes judokas prometteurs. Nous avons grandi dans cette ambiance de partage et d’échanges, qui nous a énormément apporté, aussi bien sportivement qu’humainement.

Et ce qui me rend particulièrement fier aujourd’hui, c’est que nous avons réussi à conserver cet état d’esprit. Il ne se passe pratiquement pas un mois sans qu’un judoka ou un intervenant étranger vienne partager son expérience sur les tatamis de Juniville. Nous accueillons notamment des athlètes internationaux de notre franchise Juniville-Marnaval, comme le champion du monde cubain Andy Granda.

Finalement, nous essayons simplement de poursuivre ce que mon père a construit : faire de notre petit village un lieu de rencontre, de partage et de transmission autour du judo.

« Comment le judo a-t-il influencé votre personnalité et votre parcours ? »

Le judo m’a transmis des valeurs fondamentales qui constituent aujourd’hui les bases solides de ma personnalité et de ma manière d’entreprendre.

Le respect, le partage, la cohésion, le dépassement de soi et l’abnégation sont autant de principes qui m’accompagnent au quotidien, aussi bien dans ma vie personnelle que dans mes responsabilités professionnelles.

« Quels souvenirs gardez-vous de vos premières compétitions et de vos premiers entraîneurs ? »

Au départ, avec mon frère, nous allions au judo avant tout pour nous défouler. Mes premières compétitions étaient assez stressantes notamment par peur de décevoir. Avec le temps, cette appréhension s’est transformée en envie de progresser et de me dépasser.

Je garde également des souvenirs très forts de mes sept années passées à Paris, marquées par des entraînements particulièrement exigeants avec Paul-Thierry Pesquier qui nous a énormément soutenus et accompagnés tout au long de cette période.

Mais au-delà des performances sportives, ce sont surtout les moments difficiles et les épreuves partagées qui restent gravés en moi.

Avec mon frère Clément Guilloux, Camille Maquin, Théo L’Herbier et bien d’autres, nous avons vécu des années intenses, faites d’entraînements, de sacrifices et de dépassement de soi. Ces expériences nous ont profondément rapprochés et ont créé des liens très forts qui perdurent aujourd’hui.

Nous avons également eu la chance de bénéficier du suivi technique de Guillaume Fort et d’Alain Schmitt, qui nous ont notamment permis de structurer et d’affiner notre travail sur le kumi-kata de compétition, ainsi que des conseils de nombreux autres experts.

Ce que je retiens de tout ce parcours, c’est que le judo est une discipline dans laquelle on ne cesse jamais d’apprendre. Chaque entraîneur, chaque partenaire et chaque rencontre nous apporte quelque chose. Le judo se construit continuellement, et le partage avec les autres reste une richesse inépuisable.

« Comment gérez-vous la pression et le stress avant une compétition ? »

Aujourd’hui, je ne suis plus compétiteur. Quand je combattais, j’étais quelqu’un de très anxieux, particulièrement stressé avant les compétitions notamment lors des championnats de France.

Avec le recul et l’expérience, j’ai appris à relativiser et à mieux gérer cette pression.

Ce parcours m’aide aujourd’hui dans ma vie professionnelle, que ce soit lors de prises de parole en public, dans mes responsabilités de dirigeant ou dans les décisions importantes que je prends au quotidien.

« Quels défis avez-vous rencontrés en conciliant études et entraînements intensifs ? »

Le principal défi a été de gérer la fatigue et de trouver un équilibre entre les entraînements, le travail et le repos. Après un diplôme universitaire en préparation physique, j’ai travaillé comme moniteur d’auto-école à Paris pour subvenir à mes besoins tout en poursuivant mon parcours de judoka de haut niveau. Mes journées étaient très chargées, avec un premier entraînement dès 6 h 30 puis un second à 18 h, à l’INSEP et à l’Institut du Judo. Entre les deux, je travaillais pour financer mon logement et mes dépenses quotidiennes. Cette période a été exigeante physiquement et mentalement, mais elle m’a appris la rigueur, l’organisation et le sens du sacrifice.

« En tant que co-gérant du groupe Guilloux, comment parvenez-vous à allier votre passion pour le judo et vos responsabilités professionnelles ? »

Le judo et l’entreprise reposent pour moi sur les mêmes valeurs : engagement, rigueur, respect et esprit d’équipe. Cela demande du temps et des sacrifices, mais ces repères sont les mêmes dans les deux.

« Comment votre expérience en tant que judoka se traduit-elle dans votre gestion des activités de votre entreprise ? »

Dans l’entreprise, j’applique la même rigueur, le même respect des règles et la même cohésion d’équipe que dans le judo. Je prépare, j’anticipe, j’analyse, comme un combat. Et je veille à l’état d’esprit autant qu’aux résultats.

On se fixe des objectifs, et on donne le maximum pour les atteindre sans changer de ligne de conduite.

« Est-ce que votre vie de judoka a permis de nouer des liens professionnels dans le monde du judo ? »

Oui, mon parcours de judoka m’a permis de nouer des liens professionnels dans le monde du judo. Aujourd’hui, notre entreprise assure notamment le transport de la Fédération française de judo et de plusieurs structures de haut niveau en France.

« Après la victoire lors de la première journée de la Judo Pro League contre le Stade Bordelais le 15 octobre 2026, pouvez-vous nous parler de la franchise JM Juniville/Marnaval née en 2024 ? »

Notre franchise est née en 2024, après avoir assisté à plusieurs finales de la Judo Pro League qui nous ont donné envie de nous lancer dans cette aventure.

Avec Sébastien Lafon, président de la franchise, qui m’a encouragé à porter ce projet, et Clément Legoux, directeur technique de Marnaval et ancien rival sur les tatamis pendant notre jeunesse, nous avons souhaité unir nos forces.

L’idée était de rassembler deux clubs compétiteurs de notre région, Juniville et Marnaval, autour d’une ambition sportive commune, tout en créant un véritable ancrage territorial. Nous souhaitions notamment faire intervenir des athlètes internationaux dans nos écoles, pour permettre aux jeunes de rencontrer des champions et de découvrir le judo de haut niveau.

Aujourd’hui, nous avons construit une équipe très compétitive sur le papier, mais ce qui me rend particulièrement fier, c’est surtout l’engagement exceptionnel de nos bénévoles. Que ce soit dans un petit village comme Juniville ou à Saint-Dizier, nous avons des personnes qui donnent énormément de leur temps et de leur énergie pour faire vivre cette aventure.

Un véritable club d’entreprises s’est également constitué autour de la Judo Pro League, avec des partenaires très investis qui partagent nos valeurs : l’attachement au territoire, le sport et l’entrepreneuriat. Ils portent ce projet avec autant de conviction que nous.

Nous ne savons pas combien de temps cette aventure durera, mais une chose est certaine : depuis deux saisons, nous vivons quelque chose d’exceptionnel, aussi bien sur le plan humain que sportif.

Et finalement, au-delà des résultats, c’est probablement notre plus belle réussite : avoir réussi à fédérer autant de personnes autour d’une passion commune.

« Quelles sont les étapes clés qui ont mené à la création de cette franchise ? »

Voir la réponse à la question 10 : les deux questions ont été regroupées pour éviter les répétitions.

« Quels sont les prochains objectifs et défis pour la franchise JM Juniville/Marnaval ? »

Notre objectif est clair : gagner la Judo Pro League et, en parallèle, poursuivre notre mission de formation. La Judo Pro League nous permet de former davantage de professeurs et d’alternants, grâce à l’engagement de nos partenaires et des institutions locales.

« Quel est votre plus grand souvenir en tant que judoka ? »

Mes plus beaux souvenirs de judoka restent mes troisième (que je dois à mon père, Serge Feist et Paul Thierry Pesquier) et cinquième places aux championnats de France première division, en 2014 et 2016. Ces résultats ont une saveur particulière, obtenus après quatre opérations des hanches et deux du dos il a fallu aller les chercher. Ils représentent l’aboutissement de nombreuses années de travail, de sacrifices et de persévérance.

« Comment voyez-vous l’évolution du judo en France dans les prochaines années, notamment au niveau des compétitions ? »

Je pense que le judo français possède un potentiel énorme. Nous avons des champions exceptionnels, des clubs dynamiques et une véritable culture de ce sport. Mais je pense aussi qu’il faut continuer à faire évoluer notre discipline et surtout ne pas rester sur nos acquis. Ce qui se développe actuellement autour du judo vétérans est une très bonne chose. Cela montre que notre sport peut se pratiquer à tout âge et qu’il existe une vraie dynamique au-delà du haut niveau.

Il faut continuer à se moderniser, à proposer de nouveaux formats et à rendre nos compétitions plus attractives. Aujourd’hui, des disciplines comme le MMA, le JJB, le CrossFit ou encore l’Hyrox connaissent un véritable engouement. Si nous ne nous mettons pas à la page, nous risquons de nous faire dépasser.

La Judo Pro League est justement un bel exemple de cette évolution, avec un format plus dynamique, du spectacle, une ambiance et une véritable proximité entre les athlètes, les partenaires et le public.

Je suis convaincu que nous pouvons faire évoluer le judo tout en conservant ce qui fait sa force : ses valeurs, son histoire et son esprit de transmission. La peur de dénaturaliser le judo en mettant en place de la nouveauté est grande chez beaucoup de puriste, mais avons-nous le choix ? L’enjeu des prochaines années sera de réussir à attirer de nouveaux pratiquants, mais aussi de fidéliser ceux qui sont déjà passionnés par notre sport.

« Pour conclure votre entretien, pourriez-vous nous donner votre « mot de la fin » ? »

Famille, travail, judo.

Merci Adrien !

Mise à Jour 25/10/2026 (CM)